Personnage central et indispensable des années AB, Bernard Minet est certainement l’une des figures les plus populaires de la galaxie AB. Véritable musicien de talent, il rejoint Dorothée sur scène pour l’accompagner à la batterie, puis interprétera ses propres chansons et enfin, rejoindra les Musclés avec chansons et sitcoms à la clé. La vie de Bernard Minet est riche… Vous allez la (re)découvrir dans cet article qui prouve à qui en douterait encore, que la gentillesse, le talent et l’humilité font parfois bon ménage.
Bernard Minet : Une enfance sur scène… à l’Église
C’est dans le Nord-Pas de Calais que Bernard Minet voit le jour sous le nom de Bernard Wantier. Ses parents, tous deux ouvriers (son père était plombier-zingueur) lui ont très vite inculqué les valeurs les plus importantes : le respect, le travail et la valeur de l’argent. Dès son plus jeune âge, le petit Bernard se prend de passion pour la musique. À l’âge de 9 ans, il s’intéresse de près à la trompette et rêve de jouer de cet instrument. Après un an de solfège sans toucher à une trompette, on lui fait comprendre que l’école ne pourra pas lui en prêter une. Résigné, Bernard se tourne alors vers le football… Mais cette nouvelle passion ne s’éternisera pas et c’est sur les bancs de l’Église que le jeune garçon va se révéler. Alors nommé enfant de chœur, Bernard va prendre son rôle très au sérieux. Entre échauffements de voix et amour du chant, Bernard est heureux… En 1966, à treize ans, une nouvelle passion frappe à la porte de son cerveau. Il en parle dans son livre « Ma vie de folie », sorti en 2015 (et toujours disponible) : « Mes classeurs servaient de noms, ma trousse de cymbale… Quelquefois, je me fabriquais comme batterie, le modèle luxe : casserole, seaux, marmites. Et je frappais. Je frappais tout le temps,. Je frappais partout ». C’est ainsi que son père, qui bossait aussi au PMU et dans les bals du village pour arrondir les fins de mois, demanda à un contact d’apprendre la batterie à son fils : Leon Henndriqqs. Batterie de mauvaise qualité achetée 15 euros, Leon donna durant plusieurs mois des cours à Bernard, rêvant alors d’être batteur à la télévision, en regardant l’émission « Le palmarès des chansons », de Guy Lux. Pour réaliser ses rêves, Bernard va tout mettre en œuvre. Première étape, le conservatoire de musique de Douai.
Les débuts. Quand Bernard devient Minet.
À 14 ans et demi, direction Paris pour les Wantier. La famille débarque dans le 16ème arrondissement, Bernard y a une chambre de bonne pour répéter à raison de 6 à 7 heures par jour. C’est simple, si Bernard ne décroche pas un 1er prix au conservatoire, ses parents ne continueront pas de le soutenir dans sa passion. À 16 ans, il voit une petite annonce qui recherche un batteur. Bernard intègre alors son premier groupe : Magpye. Une histoire qui ne durera que trois mois avant que le jeune homme ne retrouve le Conservatoire de Boulogne Billancourt. Se jouant de sa mère, gardienne de l’immeuble à l’oreille absolue, Bernard s’échappe le soir pour sortir en boîte ou pour se rendre au « Marché des musiciens » à Pigalle, où tous les musiciens se côtoient et se voient proposer des « contrats » pour une soirée ou plus. C’est dans cet endroit que Bernard rencontre un certain Paul Grimaldi, chef d’orchestre corse : « Claude m’a surnommé Minet parce que j’étais jeune et capable » écrit-il dans son livre « Ma vie de folie ». C’est à partir de là que Minet va enchaîner les galas et la fête. À 18 ans, il intègre son premier orchestre important, sous la houlette de l’accordéoniste Lucien Attard, avec lequel il restera 2 ans. C’est avec lui qu’il commence à chanter. Viens ensuite la période « Strangers » pendant 2 ans où les coups de poing volaient de salle en salle. Mais ce n’était rien comparé aux concerts qu’il donna après son service militaire, en Corse avec Hyacinthe Maestracci et Bimbo-Juniors, c’était des coups de feu et des coups de crosse de pistolet qui rythmaient les concerts que le groupe donnait. En 1979, toujours vivant, Bernard est embauché pour jouer dans la comédie musicale « Attention Fragile » avec Anny Duperey et Bernard Giraudeau, au théâtre Saint-Georges à Paris. C’est ainsi qu’un soir, après le show, on proposa à tout le groupe de devenir les musiciens de Nicole Croisille. Première artiste que Bernard accompagnera sur scène ; la première d’une longue série…
De Sheila à Dorothée, en passant par Céline Dion
À partir de Nicole Croisille, les choses vont s’accélérer pour Bernard Minet. On le retrouve en studio pour enregistrer les musiques, notamment sous la houlette de Vladimir Cosma, mais c’est surtout sur scène que le nom de « Wantier » circule et dont la réputation résonne dans les oreilles des plus grands. Ainsi, il parcours la France derrière des artistes comme Richard Clayderman (pendant 1 an et demi), Philippe Laville, Thierry Le Luron, Alain Chamfort ou encore Sheila, qu’il qualifie de femme « simple, humble et gentille ». Il a également accompagné le grand Charles Aznavour ainsi qu’une nouvelle dans le métier, en novembre 1984 : Céline Dion. Il avoue dans son livre « Ma vie de Folie » : « C’était pour la première partie de Patrick Sébastien. Je n’aurais jamais imaginé que cette fille devienne une aussi grande star. À cette époque elle chantait magnifiquement mais avait un physique un peu ingrat ». C’est en 1982, par l’intermédiaire d’un ami, que Minet va faire la rencontre qui chamboulera sa vie : Dorothée. Embauché pour assurer la batterie sur « Le jardin des chansons », Bernard avoue avoir été tout de suite séduit par le charme, l’implication et le naturel de Dorothée : « Très vite, je me suis dit que les enfants avaient de la chance d’avoir une fille comme elle, pour idole… Lors des séances d’enregistrement, Dorothée m’a subjugué. Dans la cabine, elle était d’une redoutable efficacité. Elle n’aurait pu venir que pour ses voix, mais non. En grande professionnelle, elle était là de la première à la dernière minute ». Cette séance, n’était que la première collaboration, d’une longue série que vous connaissez dans les grandes lignes.
Bernard Minet, Dorothée, les concerts et les Musclés
Au début, Bernard ne joue de la batterie sur les concerts de Dorothée que rarement. Embauché surtout pour remplacer les indisponibilités des uns, il atterrit ainsi que la comédie musicale « On va faire du cinéma », vers la fin de la période Récré A2. Au début de l’année 1987, Jean-Luc Azoulay recherche alors des musiciens fixes pour accompagner Dorothée sur plus de 40 dates ! Pour un musicien, c’est quelque chose d’énorme ! Mais l’engagement doit être total. Après une courte réflexion, Bernard embarque dans l’aventure et laisse sa place de batteur derrière Aznavour… Il rejoint alors René, déjà saxo sur les précédents spectacles. JLA demande à Minet de lui trouver d’autres musiciens et c’est comme ça qu’il place Framboisier, alors producteur exécutif pour un label. Minet s’est aussi souvenu d’un type sympa qui présentait bien, rencontré dans le sud quelques mois auparavant : Rémy. Habitué au jazz, il accepta la proposition. Et pour Eric, c’est Gérard Salesses qui l’a mis sur le coup. C’est ainsi que les Musclés, comme on les a connus, se sont formés.
Les Musclés en chansons et en sitcoms
À la base, les Musclés n’étaient là que pour accompagner Dorothée sur scène (ce qu’ils ont très bien fait durant les années Club Do). Chanter n’était pas dans leurs projets respectifs.. Et puis, pour combler un moment « changement de costume » de Dorothée, Jean-Luc Azoulay décide de leur faire chanter « La fête au village ». Ce qui ne devait être qu’une chanson bouche-trou, au vu de la réaction des enfants tous les soirs, s’est arraché à plus d’1, 5 millions d’exemplaires. Un score hallucinant et qui a été à l’origine de nombreux autres succès comme « La merguez Party », « La musclada », « La muscla danse », « Le père Noël des Musclés », « Le chacha d’Isabelle », « Petite maman Noël », « La bombe atomique ». Les Musclés se paieront même le luxe de remplir l’Olympia sous leur nom du 18 au 31 décembre 1989 et du 22 au 30 novembre 1990. Des chansons pour les enfants, mais qui offraient des textes truffés d’allusions sexuelles… Sous couvert de saucisson ! Au total, Les Musclés auront enregistré 7 albums studio et écoulé plus de 4 millions de disques ! Pas mal pour des musiciens ! Mais ce n’est pas tout… La folie est loin de s’arrêter aux chansons puisqu’en 1989, Jean-Luc Azoulay décide de leur écrire leur propre sitcom, la première vraie d’un nouveau genre et qui verra naître les sitcoms AB… Avec « Salut les Musclés » puis « La croisière foll’amour », les Musclés devient aussi acteurs. Ils essuient les plâtres mais se débrouillent plutôt bien et répondre à ce que l’on recherchait : s’amuser. Les deux séries sont de véritables succès d’audience, les gifles que Bernard reçoit par Valériane se compte en milliers et la popularité des 5 garçons est à son apogée. Aujourd’hui encore, tout le monde se souvient avec nostalgie de cette époque bénie des dieux.
Minet, chanteur star des animés !
On peut le dire sans hésiter, le Musclé le plus populaire de tous, c’était bien Bernard. Non seulement pour sa fidélité, son admiration et son respect imperturbables pour Dorothée (et on le comprend). Il a toujours pris position et défendu la patronne bec et ongle (et on l’en remercie). Mais outre sa carrière de Musclé, Bernard Minet est celui qui a eu la carrière solo la plus impressionnante ! L’histoire commence en 1985, lorsque Jean-Luc lui demande d’interpréter des génériques d’autres chanteurs pour vendre sur des cassettes vendues en général sur les marchés, sans qu’elles soient officielles… Puis en 1986, le producteur contacte Bernard pour lui donner la chanson du générique « Go Gobots ». Ce sera le premier d’une longue série. Ainsi, Bernard Minet chantera plus d’une cinquantaine de génériques de dessins animés. De « Bioman » (classé 36 semaines au Top 50), aux « Chevaliers du Zodiaque », en passant par « Juliette je t’aime », « Les attaquantes », « Le retour de Goldorak », « Flashman », « Jeu, set et match », « Bioman est de retour », « Le collège fou, fou, fou », « Ranma 1/2 », « Sailor Moon » et tant d’autres ! (Avouez que vous les avez presque tous en tête ! Ça ne s’oublie pas…).
Minet, véritable chanteur populaire
En parallèle de sa carrière de batteur, de Musclés, de chanteurs de générique d’animés, Bernard a également connu une vraie carrière de chanteur « classique ». À partir de 1990 avec « Jolies petites filles », Bernard devient le copain des enfants et enregistre plusieurs albums, tous certifiés disque d’or. Un véritable succès populaire avec des titres forts comme « La petite fille de Sarajevo », « Changer tout ça », « Laissez-les vivre », « Tout l’amour du monde », « Toi, l’avenir du monde », « Petit tambour » ou encore « Il y avait ». Bernard, c’était un peu le chanteur AB qui faisait ouvrir les yeux sur les atrocités qui pouvaient se passer dans le monde. Les textes de ses chansons sont également empreints de thèmes écologiques, bien en avance sur son époque, mais qui aujourd’hui résonnent différemment (on ne le répétera jamais assez à quel point l’émission « Le Club Dorothée » a été précurseur sur tant de sujets !
Dorothée, le Club et la scène
Avec les Musclés, les musiciens auront assuré tous les Zéniths et les Bercy de Dorothée, parcouru également toutes les plus grandes salles de France pour celle qui reste à ce jour la recordwoman de Bercy et des Zéniths parisiens. Minet à la batterie se souvient de moments exceptionnels : « Bercy ! Dans ma vie, ce nom reste magique. J’y ai vécu plein de bonheurs… C’était un gigantesque… J’ai toujours été sidéré par les capacités physiques de Dorothée. Elle assurait toute seule des concerts de 2h30, plusieurs fois par jour. Elle ne pesait que 47 kilos… En vingt ans, je ne l’ai jamais vue fatiguée. Elle était là, qu’il vente ou qu’il neige. Même grippée, je ne l’ai jamais vue se plaindre. Je ne le répéterai jamais assez, Dieu que j’ai été chanceux de travailler avec elle ». La scène c’était une chose mais vous n’êtes pas sans savoir qu’en plus des concerts et des sitcoms, les Musclés étaient aussi derrière Dorothée lors des Club Dorothée endiablés du mercredi après-midi. Présents dès le premier jour (on se souvient du faux départ et des Musclés jonchés sur des tréteaux playbackant la célèbre chanson d’introduction du Club, « ça donne envie de chanter »), les Musclés ont fait partie du Club durant les 10 années de règne de l’émission et des grandes messes de Prime Time où les artistes de renom se donnaient rendez-vous. Bernard en garde aujourd’hui le meilleur des souvenirs. Je ne saurais que vous encourager à acheter son livre « Ma vie de folie » pour découvrir des tas d’anecdotes sur ses années Dorothée.
La fin d’une époque
Et puis un jour, la fin du Club Dorothée est annoncée, emportant avec elle tous les sitcoms qui avaient fait le joie des producteurs, des acteurs et des téléspectateurs. Alors que les audiences étaient encore au beau fixe, la guerre du satellite entre AB et TF1 aura eu raison de tout ce que l’on chérissait. Du jour au lendemain (ou presque) notre quotidien disparaissait, nous laissant orphelins et sans « copains » à retrouver à la télévision. Pour les salariés et intermittents (comme les Musclés qui faisaient partie de la seconde catégorie), passage par la case chômage. Sauf pour Minet… qui s’était fait radier des Assédics et qui n’a pas touché un centime après l’arrêt du Club Do et des sitcoms. Bernard créera sa société, faisant quelques « ménages » comme on le dit dans le milieu, à savoir des animations ou diverses présentations plus confidentielles qu’avant. Pendant 2 ans, l’artiste a vécu de ses économies et a vite compris que Bioman et consorts allaient bien lui coller à la peau. Bernard a toujours essayé de rester positif en essayant de s’en sortir et en pensant à de nombreux concepts : site web pour vendre des musiques Zen, site web où il aurait été déguisé en Père Noël en live chat avec les enfants, etc. Mais sorti du Club Dorothée, Bernard s’est aussi rendu compte à ses dépens qu’il ne vivait plus à « Bonheur City » et que le monde merveilleux d’Azoulay n’était pas la réalité. Bernard a failli se faire arnaquer à plusieurs reprises mais heureusement pour lui, il a toujours découvert le pot aux roses avant le drame. Même si cela n’enlevait en rien son besoin et son désir de travailler…
Bernard Minet, le revival !
Après trois ans de disette artistique et financière, Bernard reçoit un appel en avril 2000. Un appel qui va le faire revivre, dans tous les sens du terme. Le programmateur du Queen propose une soirée à Minet, un petit concert de 10 minutes pour 1150 euros. Pensant à une blague, Minet s’y rend sans vraiment savoir ce qu’il attend (il ne comprend d’ailleurs pas pourquoi une soirée pour Gay fait appel à lui). À peine sur scène, la folie se laisse entendre 1700 gaillards se mettent à chanter par cœur les chansons de Bernard. Un vrai coup au cœur pour l’artiste et suite à cette soirée, le téléphone ne cessera de sonner… La « hype » est revenue sur Bernard Minet qui ne réalise pas encore bien ce qui l’attend. Cette soirée au Queen a ouvert la brèche de la nostalgie et Bernard ne cessera d’être demandé par bon nombre d’organisateurs de soirée et de festivals. En parallèle des soirées en boîte de nuit dans toute la France, la Belgique et la Suisse, Bernard poursuit d’autres activités. En 2007, un Best of des Musclés est commercialisé et une nouvelle chanson, « Nicolas et Ségolène » est enregistrée. En décembre 2010, il retrouve Bercy pour le concert de Dorothée. Quelques années plus tard on le voit dans un épisode des « Mystères de l’amour ». En 2015, il sort son livre « Ma vie de Folie ». L’année suivante il joue dans le court-métrage, « Jeunesse », de Shanti Masud. En 2017, il sort un nouvel album baptisé « Aujourd’hui » dans lequel on retrouve de nombreux titres inédits (Youpi cosplay, Les héros sont comme ça, On avait dit, Happy mouth noise ou Hommage au Club Dorothée). En 2018, un coffret best of 3 CD sort chez Universal. En 2020, il sort un nouvel album, chez Universal, dans lequel il reprend une partie de ses génériques réorchestrés en version métal. D’ailleurs, cet album a donné naissance à un nouveau groupe pour Bernard, le Bernard Minet Metal Band. En 2021, Bernard arpente les routes avec ce groupe, reprenant les succès du chanteur en version metal. Un succès qui se poursuit encore en 2026, en parallèle des autres prestations de l’artiste. Bernard est sans nul doute, l’une des personnalités les plus médiatiques de l’aventure post Club Dorothée. Il ne s’arrête pas et adore cette vie qu’il croque de toutes ses dents. Bernard aura marqué plusieurs générations et sa carrière, si elle n’est pas celle qu’il voulait enfant, est riche. Riche en diversité, en amour, en musique, en chansons, en rencontres, en fidélité, en sincérité, en popularité. Bernard est grand, vive Bernard !
Pseudo : Minet
Nom : Wantier
Prénom : Bernard
Date de naissance : 28 décembre 1953 à Hénin-Beaumont
Emission: « Club Dorothée »
Albums solo : Bioman (1988), Jolies Petites Filles (1990), Changer tout ça (1992), Il y avait (1994), La compil des génériques TV (1994), Dragon Ball Z (1995), Ses plus belles chansons (1996), Bernard minet chante pour les petits et les gentils (1996), Génération Bioman (2002), Aujourd’hui (2018), L’essentiel (compilation 3CD) (2018), Bernard Minet Metal Band (2020)
Albums avec les Musclés : La fête au village (1989), Vive la France (1990), Les Musclés (1991), Les Musclés (1992), Les Musclés (1993), La Plaine Saint-Denis (1994), La bombe atomique (1995), Faites la fête avec les Musclés (1996), The Retour (2007), L’essentiel (2018)
Sictoms : Salut les musclés & La croisière Foll’amour
