Laurence Badie, c’est une voix connue de tous pour des personnages comme Vera dans Scooby-Doo (ou Scoubidou) mais c’est aussi et surtout une grande artiste de théâtre. Très tôt, elle sait qu’elle en fera son métier. Toujours curieuse et aimant le changement, elle acceptera le rôle de Tante Marthe dans « Le miel et les abeilles », qui lui offrira une popularité sans précédent. Retour sur une carrière exceptionnelle !
Les débuts de Laurence Badie…
Dès son plus jeune âge, Laurence fait rire. D’abord ses copines : « je n’étais pas inquiète sur mon avenir. J’ai toujours dit que je voulais faire du théâtre et que ce n’étaient que les rôles comiques que je voulais jouer » déclarera-t-elle dans une (très mauvaise et sexiste) interview accordée à l’INA en 1989. Timide, Laurence n’ose pas affronter les planches et les cours dits « classiques ». Si elle commence une année à HEC, elle se dirigera rapidement vers des cours particuliers, les cours de Julien Bertheau « Je n’ai pas pris beaucoup de cours en fait, j’ai très vite été engagée par Odette Joyeux qui m’a fait débuter dans « Le château du Carrefour » » déclarera-t-elle dans cette même interview.. « Ensuite, j’ai fait la connaissance de Wilson qui me fera rentrer au TNP de Jean Vilar à 19 ans. C’est là que j’ai vraiment appris mon métier je crois. Je jouais des soubrettes de Molière. Je jouais beaucoup de soubrettes parce que je connaissais Pierre Autant-Lara quand j’étais petite fille. Il m’a mis dans tous ses films. Il me faisait jouer des petites bonnes au début et comme les gens n’ont pas tellement d’imagination, dès qu’il y avait une petite bonne à jouer dans un film, c’était pour moi ». Et c’est ainsi que la carrière de Laurence Badie est lancée et ne va pas s’arrêter…Mais l’ère Jean Vilar dure 10 ans et Laurence jouera du Shakespeare, du Tchekhov, du Gide, du Beaumarchais ou du Molière… Cependant, avec son talent comique, Monsieur Vilar va l’orienter vers le théâtre de boulevard. À 24 ans, en 1952, elle obtient son premier rôle au cinéma dans « La vie d’un honnête homme » et donne la réplique à Michel Simon, Louis de Funès ou encore Claude Gensac de Sacha Guitry. Mais sa carrière décolle lorsqu’elle décroche le rôle de Berthe Dollé dans « Jeux Interdits » de René Clément. Elle enchaînera les rôles au cinéma, à la télévision et au théâtre de 1952 à 1985. À partir de là, un trou est notable dans sa carrière, certainement pour des raisons personnelles… Durant les 5 années qui suivront, elle se consacrera davantage au doublage.
La voix de Laurence Badie
Cette voix inimitable, elle a su la mettre à profit. Et très tôt. Dès 1967 dans « Bonnie & Clyde », elle double Estelle Parsons. Que ce soit au cinéma, à la télé, pour des dessins animés, tout l’intéresse et tout lui va bien. Mais ce qui a marqué les esprits et toute une génération de téléspectateurs, c’est sa voix prêtée au personnage de Vera dans « Scooby-Doo ». Impossible que vous lisiez cette phrase sans directement avoir le son de sa voix qui résonne en vous. Personnage mythique et rétrospectivement adopté par la communauté Queer, Laurence Badie saura donner une âme à ce personnage culte. Elle sera également « Casper le petit fantôme », La puce Ginette dans « Clémentine », Mitsu dans « Muscleman » ou encore Rocky dans « Foofur » (générique du diable qui ne vous quitte plus une fois que vous l’avez entendu). Plus récemment, elle prêtera sa voix à la serveuse dans « Kuzco » et sa suite. Une vidéo ici vous montre quelques uns de ses personnages à qui elle a prêté sa voix. Mais dans les années 80, Laurence s’essaie à une autre discipline de manière professionnelle. Le chant.
La voix chantée…
« Ma voix, mon nez en trompette, mon physique. C’est sûr que j’ai quelque chose pour faire rire plus que certaines personnes qui ont un visage plus banal » déclarera Laurence dans une interview. En 1964, elle enregistre de nombreux contes pour enfants… Mais avec sa voix parlée. Artiste complète, Laurence s’intéresse et adore la variété et le music-hall. On l’entendra d’ailleurs chanter dans de nombreuses pièces qu’elle interprète. Mais rien de bien officiel. Elle sortira tout de même en 1975 un premier 45 tours, « Pour qui c’est-y ? C’est pour les hommes ». En 1988, elle revient dans les charts avec « Reviens minet ». Rien à voir avec Bernard (Minet). Elle parlera de la chanson en ces termes : « C’est une dame un peu mûre dont le minet est parti et elle lui demande de revenir. Ce n’est pas autobiographique ». Ces quelques chansons n’auront pas vraiment de succès mais ont au moins eu le mérite d’amuser la principale intéressée (et nous aussi). Au début des années 90, Laurence Badie continue ses différentes activités. Cette artiste multidisciplinaire ne se doute pas une seconde qu’elle s’apprête à jouer le rôle le plus populaire de sa carrière, chez AB Production. Alors que le microcosme du show-business parisien regarde les séries AB de travers et en jalousent le succès, Laurence n’est pas de ceux-là. Encore une fois, tout l’intéresse et elle n’a plus rien à prouver à personne alors elle poussera les portes des studios d’AB Production en 1993.
Laurence Badie est Tante Marthe dans Le miel et les abeilles
Laurence débarque dans « Le miel et les abeilles » en avril 1993 à partir de l’épisode 75, « Mère de miel ». Elle campe le rôle de Tante Marthe, la tante de Lola et la sœur de l’ex-femme d’Antoine (Gérard Pinteau). Ce n’est pas tout puisqu’elle est aussi la maman de Marie (Valérie Melignon). Son arrivée dans la sitcom va chambouler la croisière amoureuse dans laquelle Eugénie (Josy Lafont) a embarqué avec Monsieur Albert (Guy Pierauld) et Monsieur Emile (Philippe Brisard). Tante Marthe arrive et sera sa plus grande rivale. D’abord séduite par Emile, cette dernière trouvera tous les prétextes pour lui rendre visite, ce qui ne va pas plaire du tout à Madame Eugénie. Elles iront presque jusqu’à se frapper pour le bel Emile ! Mais une partie de cartes et hop, les jalousies sont oubliées. Eugénie et Marthe vont alors partager une relation amitié-rivalité. Complices, elles sauront s’unir pour profiter de certaines situations avec Monsieur Emile ou Monsieur Albert. Mais elles sauront aussi dire qu’elles sont la préférée de ces deux Don Juan. Au fur et à mesure Tante Marthe se rapprochera de Monsieur Albert et Eugénie, de Monsieur Emile. Mais durant sa présence, elle fera de brèves allusions à son désir pour Antoine… Un jour, son rêve devient réalité. Antoine veut l’épouser… Mais il est en plein délire car Aristide a malencontreusement remplacé le beurre par du cirage… Quand Antoine recouvrera ses esprits, il ne sera plus question de mariage. Meurtrie, Tante Marthe prendra une décision radicale, celle de partir (épisode 130, « Tartine d’amour ») : « Je pars, vous avez brisé le rêve d’amour de toute une vie. Antoine va retourner avec sa concubine… Je ne veux pas assister à ce spectacle dégradant de luxure et d’amoralité. Je pars…. dans un monastère tibétain où j’attendrai la réincarnation ». On ne la reverra plus… Elle déclarera au site Le Télégramme en 2017, « Je me suis bien marré au Club Dorothée ». Car Laurence Badie a également joué d’autres rôles pour AB Productions comme une contractuelle dans « Salut les musclés » ou encore la voix de la valise de Dorothée dans « Le cadeau de la rentrée ». « Mon expérience AB était différente de toutes les autres. Le rythme n’était pas le même qu’au théâtre. Pour le miel et les abeilles, j’apprenais mon rôle tous les soirs et je l’oubliais à la fin de la journée » avouera-t-elle au Dorothée Magazine.
Laurence Badie, sur scène jusqu’à la fin !
Après les années folles du « Miel et les abeilles », Laurence repart sur les routes en alternant des pièces classiques (Feydeau, Musset) avec des pièces de boulevard. Elle jouera dans des pièces de Laurent Ruquier (Si c’était à refaire) et d’Isabelle Mergault (L’amour sur un plateau) pour laquelle elle campera aussi le rôle d’Odette au cinéma dans le film « Donnant Donnant ». En parlant de cinéma, elle fera une courte apparition dans « Les visiteurs 2 ». Assise sur un canapé à regarder la télévision aux côtés de Louka Gurtchikoff – mère de Marie-Anne Chazel -, elle fait partie de la scène avec cette réplique culte : « Il est toujours bien coiffé ce Derrick ». En 2013, elle joue au théâtre dans « Vieilles Chipies » du haut de ses 85 ans. Après la tournée, vous pensez qu’elle s’est arrêtée ? Pas du tout. En 2017, alors âgée de 89 ans, elle remonte sur les planches et sur les routes pour la tournée avec la pièce « Que la meilleure gagne ! » avec Jeanfi Janssens et Henri Guybet. Laurence s’éteindra paisiblement dans sa Bretagne qu’elle affectionnait tant, à Morlaix, à l’âge de 95 ans. Elle repose aujourd’hui au cimetière du Père Lachaise (division 94).
Nom : Badie
Prénom : Laurence
Date de naissance : 15 juin 1928 à Boulogne Billancourt
Date de décès : 11 janvier 2024 à Morlaix
Série : « Le miel et les abeilles ».
