Son visage et sa voix ne viennent pas des sitcoms AB, non. Martine Latorre a pourtant une place importante voire indispensable dans l’univers de Jean-Luc Azoulay et de Claude Berda. Martine est la première personne à avoir signé chez AB Disques avec le titre Mustapha sous le nom « Les Allumettes ». Elle est ensuite pour beaucoup l’une des deux choristes fétiches de Dorothée sur ses albums et ses tournées. Découvrez la carrière de celle qui a toujours souhaité rester dans l’ombre. Pour rappel, Nos Années AB a effectué une interview de Martine et de sa cousine, Francine.
Martine Latorre, une enfance entre cousines.
C’est dès son plus jeune âge que Martine Latorre développe une véritable passion pour la musique. Avec Francine Chantereau, Dominique Poulain et Catherine Welch. Petites, elles ne cessent de chanter les tubes de l’époque comme « Le Lion est mort ce soir » ou « La Mamma » d’Aznavour. Si tout au long de leur carrière, les filles se sont présentées comme « cousines », Martine n’en fait biologiquement pas partie. En effet, le père de Francine et celui de Martine se sont rencontrés rue Saint-Denis, ils y faisaient tous les deux la manche. Mais les quatre filles ont été élevées ensemble et Martine a tout de suite été intégrée à la famille. Le quatuor vocal n’a de cesse de chanter, si bien que la mère de Francine – pianiste professionnelle – présente les quatre filles à la maison de disques DECCA. La magie opère et les voilà en cabine d’enregistrement pour enregistrer leurs premiers singles sous le nom d’Op’4 : « Attention aux garçons », « Vraiment t’es pas malin », « Ils sont si gentils » et « C’est extra ». Mais la promo n’est pas exceptionnelle et les ventes de disques ne décollent pas.
Martine Latorre devient une Fléchette, choriste de Claude François.
Après deux auditions, Claude François est séduit par les harmonies de ces quatre filles et les embarque avec lui sur sa tournée en Italie. Mais le problème est que Francine et Catherine n’ont que 15 ans à l’époque et sont encore scolarisées. En toute intelligence et après quelques jours de réflexion, « les parents se sont mis d’accord en se disant que c’était une chance et qu’on ne pouvait pas manquer ça ». Nous sommes en 1968 et les voilà sur scène avec l’un des plus grands chanteurs de l’époque. Si elles adorent faire des farces à Claude, il les aime beaucoup et leur demande quel nom elles souhaitent porter, « Les Clodettes » ou « Les Fléchettes » (en rapport avec le nom de sa maison de disques). Martine me dira dans l’interview que vous pouvez retrouver sur ce site : « On a choisi Fléchettes car on trouvait « Clodettes » un peu téléphoné. Du coup, les danseuses n’ont pas eu le choix (rires). ». Les filles enregistrent même plusieurs 45 tours, produits par Claude François : Une fille est toujours belle (1969), Les Heures (1969) et Tout l’amour du monde (1970). Le carton n’est pas plein mais les filles acquièrent une popularité auprès des artistes de l’époque. Tout le monde se les arrache et les veut à leur côté. Elles assureront les chœurs de tout le show-business de l’époque : Nana Mouskouri, Sheila, Distel, etc. Les filles dormaient presque à l’Olympia tant elles tournaient sur scène. C’est aussi à cette période que Martine rencontre son premier mari, le percussionniste de Claude, Dino Latorre. Les Fléchettes continuent en parallèle de chanter pour Claude, jusqu’en 1977.
Entre Chance et Azoulay
Avec la séparation artistique entre elles et Claude François, les filles se dispersent et se mettent au service de différents chanteurs : Jean-Jacques Goldman, Mireille Mathieu, C. Jérôme, Joe Dassin, etc. Entre deux tournées d’artistes ou d’enregistrements studio, les Fléchettes se retrouvent pour des projets « uniques ». Dans le milieu des années 70, elles enregistrent avec leur pendant masculin de l’époque, Les Costa, l’album « Chance ». C’est aussi à cette époque qu’elle rencontre Jean-Luc Azoulay et avec qui elle enregistrera son premier 45 tours solo : « Mustapha » sous le nom « Les Allumettes ». Nous sommes en 1978 et si la chanson passe souvent en radio, Martine ne souhaitera pas en assurer la promotion. Elle dira à Nos Années AB : « Je n’ai pas l’âme d’une soliste. Ça ne me disait rien du tout… » Le message est passé et Jean-Luc l’a bien retenu… Quelques années plus tard, elle viendra poser le bout de sa voix sur le premier album de Dorothée. Une histoire qui durera plus de 16 ans !
Martine Latorre et Dorothée
Lorsque Dorothée entame sa carrière de chanteuse au début des années 1980, Martine assure les chœurs sur les albums. Une fois que Gérard Salesses n’aura plus de compagne à imposer (si si, lisez l’interview ahah), Francine Chantereau rejoindra l’aventure sur les albums. Les deux artistes rejoindront ensuite Dorothée lors de ses nombreux shows en France, en Belgique, en Suisse et en Chine. Des salles immenses que Martine garde encore en mémoire : « Le premier spectacle que j’ai fait avec Dorothée. C’était à l’Olympia et c’était très sympa d’ailleurs : « Dorothée au lait ! Dorothée mignonne ». Des trucs comme ça… Des petites chansons plus enfantines qu’après. Et puis de toute façon on s’éclatait. Sur ce spectacle comme sur les autres, les gosses sortaient des travées et se mettaient à danser. C’était rigolo et mignon. » Après l’Olympia, ce sont les Zéniths et les mythiques Bercy que les choristes ont effectués. En 1986, Martine et ses cousines se reforment sous le nom de « Cocktail Choc » pour représenter la France à l’Eurovision avec le titre « Européennes ». Elles termineront 17es sur 20. Du côté de Dorothée, les filles prennent du galon et seront présentes tous les mercredis après-midi pour le « Club Dorothée », dès 1992. Aux côtés des présentateurs, les filles assureront les chœurs des artistes AB mais aussi de Dorothée. Elles seront également là, pour chanter les introductions de chaque Club Do ainsi que les intermèdes musicaux. C’est surtout de cette manière que « Martine et Francine » deviennent célèbres auprès de toute une génération d’enfants… Aujourd’hui en train de lire ce portrait. Les filles se paient même le luxe de remplacer Ariane Carletti, alors en congé maternité, pour devenir animatrices le temps des « Dorothée Vacances » de 1994. On les verra également sur scène aux côtés d’Hélène Rollès pour assurer ses chœurs. Jean-Luc Azoulay lui offre plusieurs génériques de séries TV comme « Le Petit Chef », « Papa Longues Jambes » ou encore « Sally la petite sorcière ». Martine avoue aujourd’hui n’avoir gardé aucun souvenir de ces titres. En 1993, son fils Vincent devient comédien et joue dans la sitcom « Les Filles d’à côté ». Les souvenirs de Martine sur cette période sont positifs. Elle évoque une Dorothée perfectionniste, généreuse et très proche de son équipe.
La fin du Club. Que devient Martine Latorre aujourd’hui ?
Après l’arrêt du Club Do en 1997, Martine retrouve la scène avec Mireille Mathieu et participe aux versions françaises de nombreux dessins animés Disney comme « Pocahontas » ou encore « Le Bossu de Notre-Dame ». En 2010, elle retrouve Francine sur l’album retour de Dorothée. Mais depuis les années 2000, Martine a choisi de progressivement tourner la page. On la reverra ponctuellement dans des émissions hommages à Dorothée (Vivement Dimanche en 2007, Dans l’univers de Dorothée en 2010, La Chanson secrète en 2022, Merci Dorothée en 2025) ou à Claude François lors de la sortie du DVD « Claude François et les Fléchettes » en 2008. Sans jamais rechercher la lumière, Martine Latorre aura pourtant contribué à écrire quelques-unes des plus belles pages de la chanson populaire française. Une carrière discrète mais exceptionnelle, portée par une voix qui continue encore aujourd’hui de résonner dans la mémoire de plusieurs générations de téléspectateurs et de mélomanes.
Nom : Latorre
Prénom : Martine
Date de naissance : 1949
Discographie : Op’4, Les Fléchettes, Tous les choeurs des albums de Dorothée et d’Hélène, Papa Longues Jambes, Sally la petite sorcière, Le p’tit chef, etc.
